El Jadida : SOS, une tour s’écroule, la cité portugaise en péril Posté le 11 août 2003 à 00:00:00 WET
Sujet: Immobilier
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Rappelons que Mazagan, avec ses remparts monumentaux, sa citerne splendide, son tracé urbain du XVIe siècle et sa valeur interculturelle, est un site grandiose et enchanteur qui constitue une mémoire vivante où se développe l’histoire de l’humanité entière. Malheureusement, Mazagan (cité portugaise d’El Jadida) est actuellement en péril à cause de l’inconscience des services concernés. Le risque de dégradation et de destruction est irréversible surtout au niveau de la porte des bœufs et de la tour de la porte de la mer.
Mazagan (cité portugaise d’El Jadida) a été construite par les Portugais entre 1513 et 1514. Et ce, grâce au génie de l’architecte italien Benedetto Di Ravenna et des deux architectes portugais Francisco et Diego de Arruda.
Libéré par Sidi Mohammed Ben Abdallah en 1769, reconstruite et réhabilitée par le Sultan Moulay Abderrahmane Ben Hicham, Mazagan, ville qui constitua, un jour la frontière entre le christianisme et l’Islam, est devenue le symbole, après l’indépendance, de la cohabitation des trois religions monothéistes et l’emblème du rapprochement interculturel. Dès le XVIIIe siècle, après que des commerçants de toutes nationalités s’y soient installés, la ville a vu le rôle stratégique de son port d’où étaient exportés vers Londres et Marseille en 1912 plus de 21.163 quintaux d’œufs “beldi” (non industriels), accroître.
Or, ce musée de la révolution architecturale de la renaissance, hors des limites de son espace naturel, est actuellement en danger : son état se dégrade de jour en jour en dépit de cette politique de replâtrage pour laquelle on a toujours essayé, et jusqu’à nos jours, d’appliquer.
Ainsi, le constat est flagrant et témoigne du laisser-aller des responsables qui, au lieu de combattre sérieusement le risque de destruction et de dégradation de plus en plus fort et irréversible, semblent abandonner Mazagan à son triste sort pour subir toutes les vicissitudes. N’a-t-on jamais lu ce qu’a dit Honoré de Balzac sur l’insouciance : «L’insouciance est l’art de se balancer dans la vie comme une escarpolette, sans s’inquiéter du moment où la corde cassera» ? Malheureusement, la corde de Mazagan s’est déjà cassée à cause de l’indifférence et de l’insouciance des responsables. Par conséquent, Mazagan, la mariée de l’Atlantique, interroge et la douleur répond.
Nous avons lancé à maintes reprises un SOS à l’adresse des pouvoirs publics. Mais au lieu d’agir dans le bon sens, on est en train de construire des pissotières tandis que la porte des bœufs, la tour de l’entrée de la porte de la mer et divers bâtiments, risquent de s’affaisser et menacent de s’écrouler à tout moment. Ils constituent un véritable danger pour les citoyens.
Dégradation d’un site architectural
En ce qui concerne ladite tour, qui est située à côté de la porte de la mer, elle constitue à elle seule un chef-d’œuvre en matière urbanistique.
Elle a résisté au fracas des vagues pendant plus de 466 ans. Mais à cause du laisser-aller, elle se trouve actuellement dans un état de dégradation très avancé au niveau de sa partie inférieure qui s’est éventrée comme si elle avait subi le coup d’un obus explosif. Et malgré le cri d’alarme lancé par la société civile et les médias, on continue à faire la sourde oreille. Mais en fait, en quoi avait-elle servi la visite de la commission dépêchée par le ministère de la Culture il y a plus de deux ans ? Comment va-t-on expliquer maintenant l’état déplorable de cette tour qui risque de s’écrouler si on ne la sauvegarde pas ? Et dire qu’on espère obtenir le classement de la cité portugaise en tant que patrimoine mondial.
La protection de la cité portugaise et les dispositions législatives relatives à sa conservation sont assurées par plusieurs dahirs, décrets et arrêtés du 13/2/1923 (26 Joumada II 1342), le dahir du 25/12/1980 (17 Safar 1401), le décret du 22/12/1992. Il est donc temps que les responsables de la ville mettent en place une vraie stratégie de restauration et de réhabilitation des monuments historiques de Mazagan qui ont tant souffert du délaissement et de la négligence car El Jadida sans sa cité portugaise est comme un corps sans âme.
Aussi, et jusqu’à preuve du contraire, ce site constitue la principale attraction touristique au niveau des Doukkala. Elaborer une stratégie sérieuse de sauvegarde, en impliquant la société civile et les ONG en réponse aux recommandations de l’ICOMOS (Commission auprès de l’UNESCO), ne peut que renforcer le flux touristique et serait en accord avec les orientations de S.M. le Roi Mohammed VI pour atteindre les 10 millions de visiteurs à l’horizon 2010.
Mazagan doit être érigé au rang de priorité locale si on veut vraiment la préserver et la sauvegarder car, selon le professeur-chercheur à El Jadida, Abdelaziz El Arabi : «Les générations, qui se sont succédé depuis 1769, ont su nous léguer ce site en parfait état et à nous de faire de même pour le laisser à nos enfants. Donc, protéger cette cité est un devoir de tout Doukkali en hommage à ses ancêtres qui ont tant souffert sous l’occupation portugaise et aussi pour sa libération. Agir différemment serait une erreur impardonnable».
(Extrait du CD-Rom interactif de M. El Arabi en cours de préparation).
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