Asilah : "L'Islam vu par nous et par les autres" Posté le 20 août 2005 à 16:38:53 BST
Sujet: Apparitions
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 Les participants au colloque "le roman maghrébin dans le Maghreb et dans l'immigration" ont tenté d'approcher les fondements et les spécificités de ce genre littéraire loin des idées préconçues et des clichés.
Rappelant que le paysage littéraire maghrébin compte non seulement des noms célèbres mais également de jeunes talents "souvent au seuil du parcours créatif, mais manifestement prometteurs", le commissaire du colloque, Moubarak Rabie, a indiqué que "les interactions culturelles créatives ne sauraient être imaginées étant simplement unidimensionnelles".
Pour le romancier et ancien doyen de la faculté des lettres et des sciences humaines de l'université de Casablanca, la compréhension de ce phénomène requiert de "pousser l'analyse de manière à aller au delà des jugements préconçus et des clichés et étrangers".
Evoquant le roman maghrébin dans l'immigration, "si la première chose qui vient à l'esprit est l'établissement d'une ligne de rupture ou de continuité entre le roman maghrébin et celui de la diaspora, avec pour toile de fonds l'espace géographique ou encore le vecteur linguistique, il n'en reste pas moins que cette perspective s'évertue à éviter toute approche réductrice et se penche sur l'acte de l'acculturation dans sa liaison avec l'expérience romanesque", a-t-il souligné.
Dans le même contexte, le président de l'Union des écrivains du Maroc (UEM), Abdelhamid Akkar, a affirmé que la génèse du roman maghrébin a enregistré un retard par rapport à la naissance de ce genre littéraire dans le monde arabe en particulier en Egypte, en Syrie et au Liban.
Les premiers romans maghrébins sont parus vers la moitié des années 1950, une période où la littérature au Moyen-Orient avait connu une maturité certaine.
Ce retard qui ne véhicule aucune considération péjorative, a-t-il expliqué, se justifie par des phénomènes socioculturels et littéraires puisque les conditions participant à la création de nouvelles élites n'étaient pas réunies.
Les pays du Maghreb étaient alors sous le joug du colonialisme depuis les années 1920 pour certains d'entre-deux. "Parmi les victimes" (Min Dahaya), premier roman maghrébin, publié en 1956, est celui de l'auteur tunisien Mohamed Laâroussi Matwi alors que le deuxième est "nous avons enterré le passé" (Dafana Al Madi) d'Abdelkrim Ghallab, paru en 1966, et le troisième est "Vent du sud" (Rih Al Janoub) d'Abdelhamid Benadouka édité en 1971.
"Le point commun entre toutes ces œuvres ne se résume pas dans les thèmes évoqués mais dans la dynamique derrière le processus de créativité littéraire", a estimé M. Abdelhamid Akkar, rappelant que le phénomène de l'acculturation est également fortement présent étant donné qu'il résulte du climat conflictuel et de tension qui régnait à l'époque du colonialisme.
M. Akkar a, de même, cité les pères spirituels du roman maghrébin en l'occurrence Ali Douaji et Mohamed Masiîdi de Tunisie, Abdelhamid Benhaddouka et Mtaher Ouattar d'Algérie, Tlissi, Ahmed Ibrahim Al Fakih et Ibrahim Al Kouni de Libye, Thami Ouazzani et Abdelmajid Benjelloun, pour ne citer que ces deux romanciers marocains.
Dans une analyse du roman politique maghrébin, Salah Snoussi, professeur d'économie et de sciences politiques à l'université Karyounès à Benghazi en Libye, a souligné que le roman politique maghrébin véhicule les préoccupations, aspirations et déceptions individuelles et collectives.
Il a estimé, par ailleurs, que ce genre littéraire, à l'instar de toute activité intellectuelle et créative, a été victime d'un projet socio-politique imposé par les intérêts et les stratégies de l'Occident.
Pour sa part, l'écrivain, critique littéraire et journaliste syrien, Muhydin Lazikani, membre du jury du prix Mohamed Zafzaf, a affirmé que le roman maghrébin "n'a pas osé soulever les questionnements essentiels".
Il a ajouté que l'effort est souvent déployé au niveau du style et de la forme au détriment du contenu "parfois insipide", notant que les lignes infranchissables dans les pays du Maghreb ont donné des créations "peu courageuses".
C'est une littérature où l'autocensure est omniprésente, a-t-il dit, ajoutant que "cet état de fait finit par lui conférer un aspect superficiel".
Le colloque "le roman maghrébin dans le Maghreb et l'immigration" connaît la participation de plusieurs spécialistes, critiques littéraires et universitaires de Libye, d'Irak, de Tunisie, d'Algérie, de Mauritanie, de Suisse et du Maroc.
Le romancier Ahmed Madini a, quant à lui, tenu à préciser que l'appellation "roman maghrébin" désigne essentiellement la littérature marocaine d'expression française.
Citant Abdelkébir Khatibi, M. Madini a indiqué l'existence d'une littérature maghrébine de l'après seconde guerre mondiale, parue sous forme de récits romanesques, la période appelée communément "lâcher l'Occident" où le roman a tenté de voler de ses propres ailes et qui représentait un véritable plaidoyer de la liberté. Cette évolution a été également marquée par l'étape où ce genre littéraire a revêtu un "style surréaliste".
Le romancier a ajouté une autre caractéristique à savoir les moult tentatives initiées pour "réinventer la langue française" entreprises précisément par la nouvelle génération d'auteurs.
Il demeure que c'est bien Khatibi qui a institutionnalisé le roman maghrébin et contribué à sa légitimation en Occident, a-t-il dit.
Initié sous le Haut patronage de S.M. le Roi Mohammed VI, du 5 au 19 août, le moussem culturel international d'Asilah propose pour cette 27e édition un programme comprenant un volet académique et artistique.
C'est ainsi que plusieurs colloques ont été organisés dans le cadre de la 20e édition de l'Université Al Moatamid Ibn Abbad (6-18 août), axés sur les thèmes "Demain l'Afrique : quel demain, quelle Afrique ?", "Patrimoine commun maroco-espagnol, un projet d'avenir", "L'Islam vu par nous et par les autres", "La musique dans le monde musulman" et "Le roman maghrébin dans les pays du Maghreb et dans l'immigration".
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